lundi 22 juin 2015

Prologue : passoire, trous... et nouilles


Pourquoi La Passoire et les Nouilles pour évoquer des questions aussi fondamentales et sérieuses que les susnommées? Parce que cette réflexion se place délibérément sous les  auspices farfelus et inoffensifs des Shadoks, et plus particulièrement du cours de logique sur la passoire et les trous dont on peut estimer que les nouilles sont à la fois les faire valoir et les protagonistes.
Certes, mais quel est le rapport entre les nouilles, les professeurs, les élèves, les ministres et le savoir? Aussi peu à priori qu'entre la passoire et les trous, qui sont comme chacun sait des notions totalement indépendantes l'une de l'autre et réciproquement. Chacun est libre d'en tirer les conclusions qu'il voudra. La passoire, c'est à la fois les trous de l'Education Nationale, l'oublieux cerveau des élèves, et un incontestable instrument de sélection d'où sortent, si tout se passe comme prévu, des nouilles. Celles-ci sont elles-mêmes le produit de l'indépendance de la notion de passoire et de celle de trous. Mais elles sont aussi, mélangées en un plat fumant et al dente, à la fois les professeurs et les élèves qui résultent de cette logique imparable...







samedi 20 juin 2015


Le site Clionautes vient de publier une version des consignes officielles de correction du baccalauréat. Celle-ci, qui a été expurgée le 18 juin et retirée du site de l'Education Nationale,  prouve que d'absurdes consignes d'indulgence sont données aux correcteurs, que cela ne doit pas se savoir dans l'opinion publique, et que les professeurs sont sous le joug d'un autoritarisme stupide et malfaisant.

lundi 23 juin 2014

Comment peut-on être enseignant? Un extrait des Lettres à personne


Un descendant de Rica, un des protagonistes des Lettres Persanes de Montesquieu est devenu professeur de collège en France. Il écrit à un ami

Lettre à Personne n° XXX

Rica à Usbek :

Figure-toi, mon cher ami, que je fus l’autre jour invité à dîner par de miennes connaissances, perdues de vue depuis des lustres. Je me retrouvai à table en compagnie de gens inconnus et doués de curiosité jusqu’à l’extravagance. Dès que j’eus avoué que j’étais professeur, je fus palpé comme une bête de foire, et aussitôt mis en demeure d’expliquer en quoi consistait mon métier.
« Il y a en France trois sortes d’états : le public, le privé, et le privé sous contrat. Chacun a un mépris souverain pour les deux autres, et se persuade qu’il est le seul valable » commençai-je doctement.
« Qui vous commande ? » m’interrompit un convive.
« Le ministre de l’Education est le chef des enseignants », répondis-je. « C’est une vieille idole qu’on encense ou qu’on conspue par habitude, et qu’on change fréquemment. L’inspecteur est aussi fort craint par le peuple des professeurs, à tort car il dispose de peu de moyens d’infléchir le cours de leur destinée. Hormis lorsque l’un d’entre eux me rend visite, fait rare et signalé, je ne puis être certain de mes mérites. La note qu’il délivre, réputée récompenser la compétence, est rognée par de savantes et obscures péréquations afin que personne ne gagne de galons trop vite par rapport à la masse de ses camarades. Nous sommes en effet régis par un autre chef collégial et issu du peuple, le syndicat majoritaire, qui décide avec les hautes autorités de notre avancement, afin que nul ne progresse à l’insu des autres par prévarication, et que l’égalité entre tous soit parfaite ».
« De qui êtes-vous le chef ? », hasarda un entrepreneur. « De petits bataillons qui se nomment des classes » dis-je.  « Mais mon pouvoir sur eux n’est plus si assuré qu’il l’a été autrefois. Comme 37% de mes congénères, il m’arrive de recevoir des insultes au visage, comme 13% d’être menacé, et je crains comme 8% d’entre eux d’être la cible d’une agression physique, avec la moitié du temps une invalidité temporaire. En conséquence, comme 54% de mes camarades, j’ai peur d’être victime d’un burn out, une invention des Anglais ».
« Ces élèves impudents ne sont-ils pas châtiés ? » s’étonna une sportive de haut niveau. « Parfois, si, répondis-je, mais les conseils de discipline s’arrêtent en mai et les officines de vie scolaire ne sauraient gérer plusieurs dizaines de renvois de cours en même temps. Il arrive donc qu’un élève qui m’a injurié revienne triomphant dans ma classe, sans que je puisse le faire fouetter ».
« Certes, vous êtes l’objet d’une grande méchanceté qui doit vous donner bien de la peine » dit une mère de famille nombreuse, « mais ne jouissez-vous pas de vacances à un degré immodéré, de sorte que vous avez tout loisir d’oublier ces outrages  en vous prélassant une partie de l’année? »
« Détrompez-vous, Madame, j’abats force travail durant ce temps », dis-je avec une pointe de raideur. Ces mots furent accueillis par un éclat de rire général et par des plaisanteries sur le faible nombre d’heures que je passais à enseigner au collège, 642 heures par an contre 756 chez nos amis allemands.
« D’ailleurs, êtes-vous sûr d’exercer un vrai métier ? » conclut un monsieur en nœud papillon. « En tout cas, comme la majorité de mes collègues, je dissuaderais mes fils d’embrasser cette profession » rétorquai-je, agacé.
« Ne dit-on pas que vous êtes bien dur avec nos enfants, et que les notes que vous distribuez les affectent à l’excès ? » reprit un un avocat à barbe de trois jours. « Vous devriez renoncer à l’évaluation descendante, trop contrariante pour l’enfant, en ne comptabilisant que les mots justes dans une dictée », renchérit un pédagogue. 
« Et bannir le zéro qui annihile les efforts » cria quelqu’un.
« Et ne pas martyriser nos jeunes en leur donnant des problèmes de mathématiques déroutants au baccalauréat » s’indigna une dame en brandissant une pétition de 40000 signatures.
« Si elle vous pèse, pourquoi ne pas quitter cette profession sinistrée? » suggéra un informaticien jusqu’alors silencieux.
« Par ma barbe en collier » répondis-je, « comme 68% de mes semblables je le souhaiterais fort, mais encore faudrait-il que j’eusse la possibilité de recevoir les lumières de quelque formation ad hoc, et de m’instruire d’une autre profession, ce qui n’est point prévu. Car ce métier étant réputé chevillé au corps, personne n’a pensé que les enseignants pourraient vouloir en changer ».
« Etes-vous payé pour l’exercer ? », s’enquit un anonyme. « Plutôt chichement » dis-je, « mais quelle importance, puisqu’on  embrasse ma profession comme on se fait moine ? »
C’est à ce moment là, mon cher Usbek, qu’une charmante actrice persane se tourna vers moi et s’écria, étonnée : « Comment peut-on être enseignant ? »






La bataille homérique du report de la prérentrée des enseignants ne démérite pas par rapport à l'univers Shadok

Mon article de FigaroVox au sujet du report de la pré rentrée des enseignants a suscité des marques d'assentiment, mais aussi des réactions haineuses souvent détournées de la question première, surtout sur mon compte twitter @ASLetac.

vendredi 2 mai 2014

Les Verts, les classes prépas, et le fantassin Jean-Paul Brighelli

Monsieur Jean-Paul Brighelli, professeur de classes préparatoires et chroniqueur au Point, ferraille inlassablement avec l'ennemi . Ici, vous pouvez constater à quel point les Verts français sont en avance sur leur temps.

samedi 5 avril 2014

La rémunération des enseignants, un paramètre essentiel

On est soulagé de lire dans Le Monde du 07 février 2014 un petit article de Monsieur Robert Gary-Bobo intitulé A-t-on les enseignants qu'il nous faut? En quelques phrases, celui-ci pose de manière lumineuse la question des conséquences  de la faiblesse et de l'érosion des salaires des enseignants. Je me permets de renvoyer à ce sujet  à mon texte Le prix à payer  sur le blog Sauver les Prépas
Cet article ne laisse pas d'étonner de la part d'un journal qui publiait au mois de décembre un éditorial intitulé Ces mille lignes Maginot qui bloquent la Francequi comparait le "conservatisme" des professeurs de classes préparatoires refusant l'amputation de leur salaire à celui des opticiens  et  des chauffeurs de taxi. Celui-ci avait suscité une revue de presse de France Inter qui ressemblait à un règlement de comptes lancé comme une boule puante contre les classes préparatoires
Mais revenons à l'essentiel. Non, nous n'avons pas les enseignants qu'il nous faut, conclut l'économiste Robert Gary-Bobo, qui attribue une part de cet état de fait à l'insuffisance de leur rémunération.  En toute exactitude, on devrait plutôt dire que si nous en avons encore quelques-uns, cela tient du miracle. En effet, la paupérisation de ce métier a des conséquences profondes sur le recrutement des professeurs, et de ce fait sur la société française.  Il suffit de lire l'article de Marian Balastre pour comprendre que la situation est très grave.
Comme beaucoup de professions tertiaires, l'enseignement s'est féminisé depuis les années 60 (81% des candidats au concours de professeur des écoles sont actuellement des femmes). Ceci confirme le lieu commun selon lequel l'enseignement serait un "métier de femme" parce que le temps de travail et les vacances sont compatibles avec une vie de famille. Dans la réalité, c'est plus complexe. En effet, la proportion de femmes varie en sens inverse du prestige de l'emploi : celles-ci représentent un quart à peine des enseignants du supérieur contre trois quarts des instituteurs, les femmes sont beaucoup plus nombreuses dans l'enseignement littéraire, moins ouvert sur les professions rémunératrices, que scientifique, dans les collèges que dans les lycées, et majoritairement titulaires du CAPES tandis que l'agrégation reste plus masculine. Seules 30% des chaires supérieures reviennent à des femmes. Malgré sa très forte féminisation, ce métier provoque un effet d'éviction des femmes à mesure que l'on monte les échelons du professorat. 
La profession recrute de plus en plus dans les classes moyennes et de moins en moins dans les classes populaires, surtout à la génération des 30-45 ans. Cette ouverture  serait bénéfique si elle ne cachait un fait essentiel : le pourcentage des professeurs agrégés ou certifiés qui ont un père cadre ou exerçant une profession intellectuelle supérieure ne cesse de diminuer.
La profession d'enseignant devient donc plus homogène, recrutée parmi les classes moyennes modestes, très peu mobile, dépourvue de perspectives de carrière autres qu'internes et largement cooptées, avec des écarts de revenus faibles, et des revenus qui décrochent par rapport à ceux des cadres supérieurs, rapprochant la condition économique des enseignants de celle de la catégorie des employés . Un métier d'"appoint" qui attire ceux ou celles dont le conjoint assure le confort financier de la famille, ceux qui préfèrent le temps à l'argent. En revanche, l'enseignement n'est presque jamais considéré comme une stratégie de carrière et apparaît comme répulsif pour la plupart des étudiants.